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samedi 19 mai 2012

Maman


Dans cette chambre, dans ce lit,
ne restait, la tempête passée,
que son souffle .

Dernière amarre,
solide et fragile à la fois,
toutes les autres s'étant petit à petit délitées.

Son dernier soupir,
si doux,
caresse d'Amour,
pour la délier.


La mort nous a rendu ta présence entière,  maman,
sans la maladie,
sans la peur,
sans la colère.

Je ne peux que remercier,
infiniment,
de ce que nous avons vécu,
toutes quatre ensemble,
et qui nous porte maintenant.


"On m'a tranché le cœur pour y verser un vin miraculeux."
Christian Bobin,  Carnet de soleil

mardi 8 mai 2012

Os contre os

"Il y a chez chaque homme et chez chaque femme, une partie d'eux même qui se refuse à admettre que dans toute histoire d'amour, la Mort doit prendre sa place.
Pour aimer, nous devons perdre nos illusions sur l'amour, voir mourir nos attentes superficielles, nos élans, nos impulsions. En amour, tout tend à être séparé. Tout. Et le moi ne veut pas en entendre parler.
Ce qui meurt, ce sont nos attentes de tout posséder, nos illusions, nos attentes de n'avoir que la beauté des choses. Et tout ceci meurt, parce que l'amour nous emmène dans la nature de la mort. Et s'engager dans l'amour, c'est s'engager à revivifier la mort et ses enseignements.
Les histoires d'amour vacillent lorsqu'elles passent du stade de l'anticipation à l'étape où il faut affronter ce qui est accroché à l'hameçon. C'est le besoin de forcer l'amour à se perpétuer uniquement sous sa forme positive qui finit par provoquer la mort de l'amour.
Aimer, cela veut dire "rester avec". Cela veut dire émerger d'un monde de fantasmes pour entrer dans un univers où un amour est possible. C'est rester lorsque votre corps vous crie "fuis".
La fuite, la peur de l'intimité ou celle de s'engager sont un problème de confiance en les cycles de Vie - Mort - Vie. Or, ce travail doit s'accomplir et si nous la repoussons, cette Mort nous poursuivra sans relâche, c'est son travail. Le nôtre, c'est d'apprendre l'étreinte avec elle. Car aimer le plaisir n'exige pas grand chose, alors qu'aimer vraiment exige que l'on soit un héros capable de gérer sa propre peur."

Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups, (La femme squelette)




Oui, claquer des dents et y aller quand même.
Passage très étroit des naissances où l'on ne sait jusqu'au bout ce qu'il adviendra.
Pousser de toute son âme, et savoir reprendre des forces le temps que le passage se fasse.
Épouser étroitement ce rythme essentiel, solitude et confiance.

J'ai repris le chemin du tapis.
Jambes qui tremblent, souffle entrecoupé, tout mon corps hurle.
Et pourtant retrouver le sol c'est retrouver la vie, la vraie, la seule.

Je crois que je suis en train d'apprendre à m'aimer. J'en pleurerais.

mercredi 28 mars 2012

Simplicité

"Nous voulons être aimés.Vouloir est de trop dans cette phrase. Nous rêvons d'être aimés. Ce mot est plus juste : rêver. Nous rêvons sincèrement, naïvement d'être aimés. C'est ce que nous croyons, c'est ce dont nous rêvons. Mais nous nous trompons sur notre croyance et sur notre rêve. Ce dont nous rêvons, en vérité, c'est d'être préférés - aimés, oui, mais un peu plus que les autres. Préférés. Un enfant de deux ans reconnaitrait cela, sans peine. Et qu'avons-nous de plus qu'un enfant de deux ans ? Nous confondons l'amour et la préférence, l'amour et la perfection, l'amour et le repos. Pour réduire cette confusion, il nous faudrait mettre notre pensée sous la douche de la mort, embrasser dans ceux que nous aimons ce qui, d'eux, survivra à leur mort - leur nom pur, leur cœur défait, leur vie essentiellement autre que la nôtre, non dépendante de la nôtre. L'amour comme la mort simplifie. Le vrai nom de l'amour est la simplicité."
Christian Bobin - Mozart et la pluie












Ami cher, je revois ton visage, détendu par la proximité de la mort, cette douceur de l'amour dépouillé jusqu'à l'extrême impensable. Cœurs étendus, expansés jusqu'au déchirement, dépassant l'impossible.  Pouvoir t'aimer jusque là, sans fuir.